Les camps d’entraînements chez les jeunes sportifs et les athlètes.

Les camps d’entraînement pour le développement athlétique sont un concept archaïque. Je ne parle pas ici des camps des équipes sportives qui servent à préparer un tournoi avec les meilleurs joueurs de leur pays.

Je parle des camps, généralement de 5@7 jours, qui surchargent nos jeunes sportifs, avec des horaires et une charge d’entraînement trop élevée.

Est-ce que ces événements peuvent être une belle et amusante expérience? Absolument.

Est-ce qu’ils sont généralement “hors de prix” pour ce qu’ils apportent? Absolument.

Le temps est venu de faire évoluer le développement de nos jeunes sportifs. Nous nous devons d’éduquer les organisations sportives, leurs intervenants et les parents sur des moyens et des outils qui sont mieux adaptés pour le bien-être des jeunes.

Nous savons qu’une des règles pour ce bien-être est d’avoir des programmations hebdomadaires d’encadrement athlétique qui sont égales ou moins élevées en heures que l’âge du jeune sportif. Donc, par exemple, moins de 12 heures d’encadrement par semaine pour un jeune de 12 ans. Idéalement, dans tous les cas, la charge d’entraînement sera moins élevée que 16 heures par semaine puisqu’il semble que les risques de blessures augmentent considérablement au-dessus de ce seuil.

Adapté de Jayanthi et al. 2013

De ce fait, il est donc complètement non recommandé d’avoir des camps d’entrainements, souvent en saison morte de leur sport respectif, qui durent 6-7 jours et qui comprennent 10 @ 12 entraînements dans la semaine, pour un total de 15-20 heures d’entraînement pour des jeunes de moins de 14-15 ans. Qui plus est, ces camps d’entraînement sont souvent placés sans aucune considération de la progression préalable de la charge d’entraînement des jeunes dans les semaines précédant le camp.

Il y a plusieurs règles de progression de la charge d’entraînement qui peuvent être utilisées pour les athlètes. Une des règles les plus simples afin de minimiser les risques de blessures est de ne faire progresser la charge d’entraînement que d’environ, au maximum, 10% par semaine. Évidemment, un jeune sportif qui passe directement d’une charge minimale vers une charge de camps d’entraînement intensifs est une aberration et un risque élevé pour le bien-être du jeune sportif.

Vous comprendrez donc qu’il ne fait absolument aucun sens d’avoir des camps d’entraînement pour des jeunes sportifs avec des charges hebdomadaires extrêmement élevés qui sortent souvent de nulle part dans la programmation de l’athlète.

Il y a plusieurs années, j’ai moi-même été l’entraîneur organisateur et responsable de plusieurs camps d’entraînement en patinage de vitesse en Alberta, en Ontario et au Québec. J’ai donc été en mesure de réaliser directement, sur le terrain, qu’il s’agissait d’une pratique que nous nous devions de prescrire ou à tout le moins faire grandement évoluer.

D’autre part, si nous regardons au niveau des performances, un camp de 6-7 jours ne changera en rien les habiletés des sportifs. De façon générale, il faut au moins facilement entre 4 et 8 semaines afin de modifier des composantes physiologiques significativement et souvent pratiquement jusqu’à 6 à 12 mois pour modifier un patron moteur technique, dépendamment de l’âge du sportif. C’est pourquoi, lorsque je faisais des camps, je me suis vite aperçu que ce n’était pas les jeunes sportifs que je devais entraîner, c’était leurs entraîneurs. Ce sont eux qui, une fois le camp terminé, pourront ensuite retourner dans leur club et leur équipe respective et apporter les modifications requises pour le développement des jeunes. D’autant plus qu’à la fin d’un tel camp, avec la trop grande fatigue, les jeunes ne sont plus du tout en mesure de faire des apprentissages.

Au niveau des organisations sportives provinciales et nationales, malheureusement, nous savons que les budgets pour envoyer des équipes dans des camps d’entraînement font partie d’enveloppes budgétaires qui, souvent, doivent être dépensées, peu importe la pertinence d’envoyer des athlètes en camps d’entraînement ou non. Au risque de ne plus pouvoir faire la demande d’un tel budget dans le futur si l’argent n’est pas dépensé avant la fin de l’année fiscale. Évidemment, il s’agit encore ici d’un non-sens flagrant d’envoyer des athlètes en camps si cela ne sert à rien au niveau de leur développement, souvent dans un endroit où les athlètes seront moins confortables qu’à la maison et dont le seul objectif est de dépenser la totalité de l’argent de l’enveloppe financière annuelle. Il devrait donc y avoir plus de flexibilité pour les organismes sportifs concernant leur budget.

Quel serait un meilleur investissement à court, moyen et long terme? Imaginez si seulement l’argent d’un camp d’une organisation sportive, qui peut coûter facilement 10000$, 50000$, voir 100 000$, serait dépensé à ajouter un entraîneur à temps plein, ou 2 entraîneurs temps partiel, ou un préparateur mental, un physiothérapeute, nutritionniste, kinésiologue… Imaginez l’apport incroyable au développement que cela pourrait avoir. Imaginez sur combien de jeunes de plus nous pourrions avoir un impact. Imaginez la quantité d’équipement qu’une organisation ou une équipe pourrait acheter si elle transférait 20 000$ par année de camps vers l’achat d’équipements d’entraînements qui pourrait servir à des centaines de jeunes.

Si vous êtes un parent et qu’un camp d’entraînement vous coûte 1000$ pour la semaine, imaginez ce que pourrait faire un kinésiologue avec votre enfant pour 1000$ sur plusieurs semaines au niveau de la prévention de blessure et de l’amélioration des performances. Imaginez ce que plusieurs parents, qui se mettent ensemble, pourraient offrir à leurs jeunes s’ils dépensaient ce 1000$ sur un programme d’encadrement de plusieurs mois, 2-3 fois par semaine, avec un entraîneur compétent qui organise le développement des jeunes de façon appropriée et sécuritaire!

Certaines pratiques dans le monde sportif se doivent d’évoluer. Les camps d’entraînement en font partie.

Coach smart

Rémi

Références

Tamara C. Valovich McLeod, Laura C. Decoster, Keith J. Loud, Lyle J. Micheli, J. Terry Parker, Michelle A. Sandrey, and Christopher White (2011) National Athletic Trainers’ Association Position Statement: Prevention of Pediatric Overuse Injuries. Journal of Athletic Training: Mar/Apr 2011, Vol. 46, No. 2, pp. 206-220.

Jayanthi, N., Pinkham, C., Dugas, L., Patrick, B., & LaBella, C. (2013). Sports Specialization in Young Athletes: Evidence-Based Recommendations. Sports Health, 5(3), 251–257. https://doi.org/10.1177/1941738112464626

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