Talent sportif – partie #2 – et analyse de cas en patinage de vitesse

partie #1 ici

Cet article explique, en partie, ma position sur le développement de talent. L’objectif étant toujours non pas de partager mes méthodes, mais bien de partager pourquoi j’utilise une méthode.

Nous le savons, il est plutôt difficile de bien identifier les jeunes talents. Malheureusement, les critères qui sont régulièrement utilisés pour sélectionner ces jeunes talents ne sont pas souvent validés. Il est donc important d’établir les directions à prendre selon des éléments qui sont définis le plus possible selon des bases scientifiques ou données probantes.

L’élément priorisé dans ce document est l’analyse de l’identification face à la maturité physique ainsi que l’âge chronologique des jeunes athlètes. Dans plusieurs sports autant en Amérique du Nord qu’en Europe, il semblerait que l’identification de talent reviendrait à choisir les jeunes qui ont la chance d’avoir une maturation squelettique hâtive.

En effet, ces jeunes, une fois ciblés, pourront donc faire partie « d’académies ». Ce faisant, ils auront donc plus de chances d’atteindre un haut niveau dans le futur. Cependant, sont-ils ceux avec le plus de talent?

L’accès à des entraineurs avec une grande expertise prédispose les athlètes ciblés à mieux se développer. Cependant, étant donné que cette expertise est une ressource limitée, elle ne peut qu’être délivrée qu’à un nombre restreint d’athlètes. Le fait de maximiser le nombre de jeunes athlètes exposés à une expertise de haut niveau serait une stratégie importante dans l’optimisation du succès.

Parmi les effets qui créent un avantage vers les jeunes à maturation précoce, il y a celui de l’exclusion du « système » des athlètes à maturation tardive. Le bassin dans lequel les sportifs sont choisis afin de déceler le talent est donc beaucoup plus petit. Cependant, comme nous l’avons vu dans la partie #1, il y a des données qui démontrent que ce sont jeunes à maturité tardive qui pourraient avoir le plus de chance de succès au niveau sénior.

Dans la cohorte présentée dans le tableau suivant, il semblerait qu’il y a une nette sélection des jeunes à maturité hâtive. Ceux-ci, qui représentent environ 17% des jeunes dans la population normale, représenteraient près de 80% des athlètes dans le système sportif vers l’âge de 17 ans. Cela au détriment des jeunes à maturation normale et tardive et ce dès l’âge de 11 ans! Il est suggéré que cette tendance à choisir des jeunes physiquement plus développés vient du désir du succès immédiat plutôt que le développement à long terme du joueur.

Comme l’effet de la maturation squelettique sera pratiquement nul vers l’âge de 18 ans, il serait recommandé aux académies de changer leur approche étant donné que leurs propres méthodes de sélection les désavantages dans leur habilité de produire des athlètes de talent. Cela puisque, méthodes de sélections réduisent considérablement le bassin dans lequel elles prennent les «meilleurs» joueurs.

Examen de l’approche de l’excellence ciblée de Sport Canada

Afin d’avoir une perspective plus globale, regardons ensemble les recommandations contenues dans le rapport final de l’Examen de l’approche de l’excellence ciblée de Sport Canada de mars 2017. En d’autres mots, l’évaluation du programme À nous le Podium et les perspectives futures.

Les objectifs de ce rapport sont :

  • « Déterminer la mesure dans laquelle l’approche a atteint – ou est susceptible d’atteindre – les objectifs d’excellence ciblée de Sport Canada. »
  • « Évaluer les retombées attendues et inattendues de l’approche de l’excellence ciblée et de sa mise en œuvre »
  • « Éclairer et renforcer les futures approches ciblées à l’appui de l’excellence et du développement des talents »

« L’examen se fonde sur les données réunies dans le cadre d’une recension documentaire et d’une revue de littérature, d’un examen des bases de données de Sport Canada, d’entrevues menées auprès de personnes-ressources clés et de sondages qui se sont déroulés auprès d’athlètes, d’administrateurs et d’entraîneurs des ONS paralympiques et olympiques, de même que de personnes faisant partie des milieux sportifs au Canada. »p.1

Aspects du développement du sport

« Malgré les succès attribuables à l’approche de l’excellence ciblée, les participants de l’examen formulent un message clair à l’effet que l’approche de l’excellence ciblée dans sa forme actuelle, telle que l’administre ANP, doit faire l’objet d’une refonte et de révisions majeures. »p.2

« Selon les observations des répondants, l’accent d’ANP sur les résultats à court terme empêche les sports de développer un système de sport de haut niveau viable à longue échéance. Les organismes de sport demandent ainsi que des ressources soient consacrées au développement du système de sport de haut niveau, en outre des démarches distinctes d’approche ciblée. »p.56.

Next Gen et accès au podium

« Néanmoins, les répondants des sondages et des entrevues sont d’accord avec le principe d’une approche misant sur l’utilisation de plus de ressources, plus tôt, dans le système de développement, comparativement à ce qui se fait actuellement. »p.62

« Les organismes de sport et les ICS/CSC préviennent toutefois qu’il ne faut pas recourir à l’approche ciblée actuelle auprès des jeunes athlètes au début de leur développement. Une approche favorisant un accent sur des groupes d’entraînement et sur de plus grand nombre d’athlètes  est  plutôt  recommandée. »p.62.

« La plupart des personnes-ressources clés sont d’accord pour dire que l’approche actuelle de financement ciblé de l’excellence, qui s’adresse à un nombre d’athlètes limité, ne fonctionnerait pas auprès des jeunes athlètes qu’une période de cinq à huit ans sépare du podium. Selon leurs réflexions au sujet de bon nombre de sports, les athlètes si jeunes sont imprévisibles, compte tenu de leur stade de développement, et tandis que certains athlètes ciblés pourraient monter sur le podium un jour, d’autres athlètes également ciblés pourraient avoir quitté le sport entre temps. Les personnes-ressources clés nous mettent en garde contre une approche qui supposerait l’appui de deux ou trois athlètes ciblés dans un groupe d’entraînement. Selon eux, il serait plus opportun de financer le fonctionnement de l’ensemble du groupe d’entraînement. »p.63.

« Des ressources consacrées au développement du système sportif permettraient d’enrichir les capacités au sein des organisations sportives, ce qui créerait un environnement d’entraînement positif, tout en permettant de développer des entraîneurs canadiens et du personnel de SSMS de haut niveau et en élargissant la portée et le rayonnement des services spécialisés dans le système. »p.63.

Ce rapport faisant plus de 90 pages, si vous désirez plus de renseignements, il est disponible en ligne en version anglaise et française ici.

Patinage de vitesse

En patinage de vitesse au Canada, notre plus grand avantage international a toujours été la grosseur de notre bassin. Il s’agit d’un avantage énorme que nous nous devons d’exploiter.

Afin d’avoir un portrait de la situation au Québec, j’ai compilé les données longitudinales des positions par âge selon le classement par temps 500m/1000m des 32 femmes et 32 hommes le mieux classés entre 2005 et 2012, de l’âge de 8 ans à 17 ans.

Je ne suis pas un admirateur des classements par les temps, mais il s’agissait des données auxquels j’avais accès et qui répondaient à certains de mes critères, par exemple échelonnés sur plus de 5 ans, comprenant les âges 12@16, etc. Ces résultats sont tirés des archives disponibles sur le site de la Fédération de patinage de vitesse du Québec.

Que peut-on voir de ces données? Tout d’abord, il saute aux yeux qu’il y a une différence significative entre les hommes et les femmes en ce qui a trait au cheminement qui mène aux niveaux supérieurs.

Chez les femmes, il semble être plus probable de “prédire” que les meilleures 19 ans et + viendront du top 10 pour chaque âge. Par contre, il ne semble pas y avoir de prédominance claire entre les patineuses qui accèderont à l’équipe nationale ou pas, de ceux qui arrêteront pour différentes raisons (blessures, cheminent académique, motivation, finance…)

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Chez les hommes, l’exercice est beaucoup plus complexe. En effet, il semble évident que les meilleurs 19 ans et + ne viendront probablement pas des meilleurs de chaque âge par les temps à l’adolescence. Nous pouvons constater que très peu ont été parmi les tops 2 de leur âge annuellement.

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Nous pourrions donc établir qu’il est préférable, surtout chez les hommes, de ne pas cibler les meilleurs trop hâtivement puisque, comme nous le constatons, il y a peu de chance de tomber sur les futurs gagnants.

Il serait donc préférable de donner le plus d’outils possible à chaque jeune dans un certain intervalle. Ce qui peut être réussi par le développement de l’expertise des entraineurs en club.

En conclusion

J’ai établi dans ma pratique, face au développement des jeunes athlètes, que « je ne le sais pas ». J’essaie par contre deux choses :

  • Toucher le plus grand nombre d’athlètes dans les circonstances et les contextes présents devant moi. Tout en développant leur plein potentiel, peu importe leur niveau.
  • Partagez le plus possible comment et pourquoi j’utilise mes méthodes aux entraineurs afin d’offrir le plus grand rayonnement possible.

C’est deux éléments sont, selon mon expertise, la clé vers un développement optimal des jeunes sportifs et le succès à long terme de la haute performance pour toute structure sportive.

Coach Smart

Références

Johnson, A., Farooq, A., & Whiteley, R. (2017). Science and Medicine in Football Skeletal maturation status is more strongly associated with academy selection than birth quarter View supplementary material Skeletal maturation status is more strongly associated with academy selection than birth quarter.

Augste, C., & Lames, M. (2011). The relative age effect and success in German elite U-17 soccer teams (Vol. 29).

Ostojic, S., Castagna, C., Calleja-Gonzalez, J., Jukic, I., Idrizovic, K., & Stojanovic, M. (2014). The Biological Age of 14-year-old Boys and Success in Adult Soccer: Do Early Maturers Predominate in the Top-level Game? (Vol. 22).

Compétitions – Archives http://www.fpvq.org/fr/page/competition/archives.html

2 thoughts on “Talent sportif – partie #2 – et analyse de cas en patinage de vitesse

  1. Merci Remi pour ton support des athlètes à développement tardif en patin de vitesse. Les statistiques d’abandon des patineurs ayant passé par le CRCE depuis sa création sont aussi assez éloquentes; très peu patinent encore, malgré qu’ils étaient pour plusieurs, nos meilleurs ( mais aussi physiquement matures plus tôt…)!

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  2. Vraiment intéressante cette chronique ! Il est vrai que les athlètes ayant une maturité physique précoce ont tendance à performer davantage à un jeune âge. Par contre, rien n’indique réellement qu’ils feront partie de l’équipe nationale un jour. Je crois, comme toi, qu’il faut donner la chance à chaque patineur de développer son plein potentiel, peu importe l’âge à laquelle il l’atteindra la maturité physique.

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