Culture sportive : Sondage chez des athlètes retraités en patinage de vitesse courte piste

Le sujet du bien-être chez nos athlètes amateurs est de plus en plus projeté sur la place publique depuis quelques années, entre autres à cause des scandales d’abus et de harcèlements qui ont fait surface dans différents sports en Amérique.

Une de mes missions a toujours été de réduire le fossé entre la science et la pratique dans le sport. De cette façon, j’essaie toujours d’être à la recherche de ce qui est vrai.

En ce sens, voici un sondage qui a été effectué dans les deux dernières semaines afin de développer un outil d’entrevue de retraite pour les athlètes. Un tel outil se veut aussi un exemple concret qui pourrait être utilisé et implanté afin d’établir quelles organisations sportives utilisent les meilleures pratiques de bonne gouvernance.

Nous le savons, durant leur carrière, les athlètes ne sont souvent pas à l’aise de parler librement. L’objectif était donc de sonder les athlètes retraités de façon anonyme sur leur expérience et leur perspective de leur organisation sur des sujets comme la transparence, la responsabilité et le bien-être pendant leur carrière. En étant libres de toute entente contractuelle, les athlètes retraités peuvent donc apporter un état de la situation plus juste.

Ce sondage a été réalisé auprès des athlètes retraités en patinage de vitesse courte piste au Canada. Les critères d’exclusion et d’inclusion ont été les suivants:

  • Avoir pris sa retraite suite à la saison 2010-2011
  • S’être entraîné au moins une saison au Centre national d’entraînement de Montréal
  • Ne pas être présentement employé ou membre d’un comité de Patinage de vitesse Canada

55 athlètes ont été contactés via messagerie Facebook; 36 athlètes ont répondu au sondage.

Il s’agit d’un sondage anonyme.

Voici les résultats

Répartition des sexes

Année de la retraite

Âge à la retraite

Afin de gardez l’anonymat des répondants, je ne mettrai pas les détails concernant les âges, mais il y avait une bonne distribution à travers tous les âges qui, selon la liste des athlètes auxquels j’avais envoyé le sondage pouvait aller de 19 à 35 ans.

Les moyennes d’âges de la retraite pour chaque cycle olympique ont été respectivement de 24 ans pendant le cycle de Sotchi, 24.67 ans pendant le cycle de PyeongChang et 23.99 ans pour le cycle actuel.

Équipe Nationale

Support du parcours scolaire

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement découragé, 0 étant neutre, +1 étant fortement encouragé).

Approche des dirigeants

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement jamais, 0 étant neutre, +1 étant fortement tout le temps).

Approche des entraineurs

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement jamais, 0 étant neutre, +1 étant fortement tout le temps).

Philosophie

Transparence

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement jamais, 0 étant neutre, +1 étant fortement tout le temps).

Sentiment d’appartenance

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement jamais, 0 étant neutre, +1 étant fortement tout le temps).

Processus Décisionnels

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement jamais, 0 étant neutre, +1 étant fortement tout le temps).

Choix discretionnaires

Vision et direction sportive

Imputalibité

Le graphique suivant représente la perception des athlètes selon le cycle olympique (-1 étant fortement jamais, 0 étant neutre, +1 étant fortement tout le temps).

Avez-vous des recommandations, ou tout autre commentaire, qui pourraient améliorer la qualité de l’environnement sportif dans votre organisation? (réponse ouverte)

Voici une liste de quelques réponses. Compte tenu de la grande quantité que j’ai reçu, il est plutôt impossible de tout mettre.

Quand je suis arrivé, j’ai vraiment apprécié mon temps comme athlète et j’avais l’impression de faire partie du groupe et d’être pris en charge. J’avais l’impression d’avoir de la liberté et j’avais l’impression que l’organisation travaillait bien et avait le focus sur le développement plutôt que la performance. Par contre, au fil des années et avec les changements de leadership,  l’emphase et la pression de résultats est arrivé. L’aspect humain d’être un athlète à semblé disparraître.”

Les dirigeants ont aucune idée de ce qui ce passe sur la glace.”

Processus beaucoup trop lent et lourd lorsqu’une décision doit être prise.”

Les entraîneurs doivent passer des niveaux prérequis afin de pouvoir entraîner les meilleurs athlètes du pays, mais selon moi il manque une approche humaine au sein de toute l’organisation et je crois fortement qu’il serait un devoir d’obliger tout membre faisant partie de l’organisation de suivre des cours sur le leadership afin qu’ils puissent comprendre comment communiquer avec des athlètes de hauts niveau et ce de manière respectueuse et ouverte.

Pendant que je patinais, il n’y avait aucune promotion et encouragement fait pour participer dans le programme Game Plan.

Le staff de l’organisation avait la chance et la responsabilité de faire la promotion de la vie en dehors du sport mais trouvaient le moyen de restreindre Game Plan.”

Le savoir-être n’était pas au cœur de l’équipe quand j’y étais, le focus était entièrement sur le savoir-faire et c’était au détriment du bien-être de plusieurs patineurs.

Plusieurs des questions posées dans ce sondage m’ont amenées à repensés à mon état d’esprit quand j’ai arrêté le patin. À ce moment, je me souviens que je parlais à mes parents que je me sentais comme un robot qui se battait pour des millisecondes. Je n’avais plus de plaisir à pratiquer le sport. J’ai pris la décision d’arrêter et je n’ai jamais regretté cette décision.

L’organisation doit comprendre qu’un athlète avec une vie équilibrée va mieux performer dans son sport. De plus, l’athlète va rester plus longtemps dans son sport.

Tout les bons mots étaient dit mais les actions ne suivaient pas. Par exemple, les entraineurs disaient “nous sommes meilleurs ensemble” mais avaient des favoris, ce qui ruinait complètement la cohésion d’équipe. Il y avait aussi une atmosphère de victoire à tout prix au lieux d’avoir l’atmosphère du “meilleur ensemble”.

Les entraineurs et le support staff m’ont souvent dit que je devrais être impliqué dans autre chose que le sport (bénévolats, écoles, travail) mais les horaires irréguliers faisaient que c’était impossible de m’impliquer à l’extérieur du patin.

Je trouvais l’atmosphère incroyablement controlant. Au point que j’avais peur de faire quoique ce soit qui pourrait être vue comme un “mauvais athlète” dans le cas que mon entraineur utilise ça contre moi dans une décision de sélection. En gros j’ai arrêté d’avoir du plaisir à cause de l’atmosphère et de la politique et donc j’ai pris ma retraite.

Le dossier scolaire a toujours été un des plus difficiles dans mon parcours d’athlète. Ma volonté d’aller à l’université a souvent été critiquée et le fait que je ratais un entraînement semaine au profit de mon éducation m’a été remis au visage à plusieurs reprises. Également, ma plus grande critique envers l’organisation est la volonté de créer des patineurs sans opinion ni d’ouverture sur le monde. Je crois qu’ils gagneraient tellement à avoir des athlètes engagés qui ont vue autre chose que les 4 murs de l’arena.

Le concept de Next Gen est une grande source de démotivation dans l’organisation en ce moment. Le fait de donner une motivation extrinsèque (brevet) à un très jeune age détruit la motivation intrinsèque de l’athlète et lorsqu’il perd son brevet ou pense le perdre à 21 ans, ce dernier arrête le patin.” 

Je recommande une approche plus axée sur l’individu (bien-être général et psychologique, respect des différences individuelles) que ses performances. Cela aurait pour effet d’augmenter la confiance, la motivation et ultimement la performance des athlètes.

Offrir des service d’orientation scolaire et professionnel.”

Être à l’affût des nouvelles tendances managériales. (Ex: Principes d’autodétermination) Suivre des formations en pédagogie. Améliorer la gratitude vis à vis les athlètes (Ressource primaire de toutes organisations sportives). Valoriser la transmission du savoir par les pairs entre athlètes plus experimentés et athlètes plus jeunes. Comprendre les nouvelles générations.

S’occuper du developpement a long terme de l’athlete et pas juste les resultats a chaque annee. Ne pas considerer le patinage de vitesse comme un sport précoce et ainsi amener des jeunes de 14-15 ans au crce.”

Mieux encadrer les entraîneurs (formation continue à offrir). Diminuer le nombre de choix discrétionnaires (poids des compétitions plus importants), parler plus de l’académique et de l’après-carrière par l’organisation ou les coachs ou avoir une personne ressource pour guider les athlètes. Augmenter la flexibilité des coachs pour l’entraînement afin de pouvoir suivre plus de cours. Parler plus des services offerts de l’ INS (plan de match, conseillère d’orientation accessible) et faire une activité de reconnaissance pour les retraites à chaque année. J’ai senti qu’il fallait se cacher dans la prise de décisions de la retraite et ne pas en parler même si tous les athlètes vont devoir passer par cette étape.”

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