Entraineurs sportifs de haut niveau : les médailles internationales avant les compétences?

Les anciens athlètes qui deviennent entraineurs sont indispensables dans le monde du sport de haut niveau. Cependant, encore aujourd’hui, pensons-nous trop souvent que le seul fait d’avoir été médaillé en tant qu’athlète apporte les compétences nécessaires pour devenir entraîneur?

Je cite en ce sens Marc Gagnon, entraîneur-chef du centre national junior du Canada, dans son entrevue avec le journaliste Simon Drouin, parue dans La Presse du 11 novembre 2020, concernant l’enseignement de la programmation d’entraînement.

Parlant de Marianne St-Gelais, il dit « Je vais lui montrer cette année. Dans trois mois, elle va savoir comment faire un plan d’entraînement. Ce n’est pas grave.”

Je suis, évidemment, tombé en bas de ma chaise.

Pendant que je tombais, je me suis souvenu de propos semblables d’Éric Bédard lors d’une entrevue radiophonique suivant son embauche à la tête de l’équipe nationale masculine du Canada le 7 août 2018.

Je le cite : « Mettre un athlète en forme, je fais des farces en disant que Google est capable de le faire. »

Vraiment?

Regardons ce qui existe en termes de formation pour l’entraînement sportif de haut niveau.

1.Le programme de diplôme avancé en entraînement (DAE) offert par l’Institut national du sport est un programme de 26 mois à temps plein. L’objectif de ce programme est de « former des entraîneurs compétents, aptes à préparer les athlètes à accéder au podium en compétition provinciale, nationale et internationale (source INS Québec). » Il s’agit d’un programme spécifiquement et uniquement axé sur la performance sportive et qui fait partie du Programme national de certification des entraineurs (PNCE). Pour pouvoir vous inscrire à ce programme, vous devez avoir complété les trois niveaux de formations précédents offerts par le PNCE. Un DAE est administré par des experts qui sont physiologistes, kinésiologues, physiothérapeutes, nutritionnistes et autres professionnels.

2. Au niveau universitaire, pour obtenir le titre de kinésiologue, un baccalauréat dure trois ans à temps plein (source UQAM). Ces trois années comprennent des cours, entre autres, dans les sujets suivants: biomécanique, neurologie, blessures musculosquelettiques, psychologie de la performance, anatomie humaine, physiologie, gestion de groupe pédagogique, contrôle et apprentissage moteur, psychologie du développement humain, trois stages de 100 heures en milieu sportif, et bien d’autres. Tous ces éléments participent à la compréhension et l’élaboration d’un programme d’entraînement et surtout, d’une intervention adéquate. Soit environ 2000-3000 heures?

Si vous désirez approfondir vos connaissances et devenir un spécialiste pour « mettre des athlètes en forme », il existe des programmes de maitrises en physiologie de l’exercice, lesquels durent un à deux ans, après votre B. Sc. Pour un total de 4-5 ans.

Parenthèse. Le saviez-vous? Compte tenu des bas frais de scolarité au Québec et des subventions pour athlètes, l’université est GRATUITE pour les athlètes retraités des équipes nationales! GRATUITE!! L’aspect financier n’est donc pas un problème pour ceux et celles qui désirent aller chercher les compétences nécessaires.

De plus, au Québec, si vous désirez encadrer « monsieur/madame tout le monde » en intervention en activité physique, que ce soit en performance, réadaptation ou enseignement de l’éducation physique dans nos écoles, vous devez avoir un diplôme universitaire.

Dans le milieu du sport de haut niveau cependant, ce n’est pas le cas. Pourquoi?

Pourquoi est-il (encore) acceptable, en 2020, de n’avoir aucune qualification en pédagogie?

Pourquoi est-il (encore) acceptable, en 2020, de n’avoir aucune compétence en science du sport?

La grande majorité des entraîneurs à la tête des programmes nationaux canadiens de courte piste des dernières années détiennent des médailles olympiques.

J’aimerais donc vous raconter une histoire.

L’an dernier, quatre des huit patineurs de l’Équipe Nationale masculine de patinage de vitesse et une patineuse sur l’Équipe Nationale féminine avaient été développés dans le club de la même entraîneuse. Son nom? Annie Sarrat.

Steven Dubois, Mathieu Bernier, Pascal Dion, Maxime Laoun, Marc-Olivier Lemay, Camille Rainville, David Goulet, Mégan Boudrias, Florence Brunelle, Christopher Fiola et plusieurs autres. Ils ont soit été médaillés aux Olympiques, en coupe du monde ou participants aux Championnats du monde junior dans les dernières années. Qu’est ce que ces patineurs et patineuses ont en commun? Ils ont tous été entraînés par Mme Sarrat.

Mme Sarrat, une ancienne patineuse, est reconnue comme étant l’une des meilleures entraîneuses au monde, avec au moins 20 ans d’expérience. Elle est détentrice de deux baccalauréats (un en éducation physique et un en kinésiologie). Elle a été formatrice pour les certifications d’entraîneur du PNCE et est aussi détentrice d’un diplôme avancé d’entraîneur à l’Institut national de formations des entraîneurs de Montréal (l’ancien DAE).

Elle n’a cependant aucune médaille Olympique.

Nous l’avions ici, chez nous. Elle venait d’arrêter d’entrainer le patinage de vitesse, faute de possibilité d’avancement de carrière dans notre pays.

Elle est maintenant l’entraîneuse-chef de l’équipe nationale… de France.

Est-ce que le seul défaut d’Annie Sarrat était de ne pas avoir gagné de médaille Olympique?

Je ne remets pas en question le fait de placer des anciens athlètes internationaux ou olympiques dans des postes d’entraîneurs. Je remets en question le fait de placer les médailles avant les compétences.

Je discute ici de cette mentalité qui fait croire que de détenir des médailles à l’international en tant qu’athlète implique d’avoir les compétences requises pour entraîner à un niveau national et international. Oui, l’expérience internationale et Olympique est pertinente dans l’accompagnement d’athlètes de haut niveau, mais elle ne doit pas devenir centrale et mettre de côté l’aspect inévitable que l’enseignement et la programmation doivent se faire par des professionnels.

Les compétences sont d’une importance capitale afin d’éviter de perpétuer et de partager des mythes, des mauvaises pratiques ou de communiquer sans égard aux faits.

N’est-ce pas ici exactement le genre de mentalité que nous devrions changer dans le monde du sport afin d’améliorer l’environnement et l’encadrement sportif de nos athlètes?

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