Gouvernance sportive : Politiques sur les participants transgenres

Présentement, partout à travers le monde, les questions de l’inclusion, de la sécurité et de la justice dans le sport féminin font l’objet de gros débats, surtout dans le cas de l’inclusion des personnes trans. Il ne s’agit d’une question de temps avant que la majorité des administrateurs sportifs soient confrontés à cet enjeux. Les organismes de sport au Canada devraient donc être proactifs afin de s’assurer qu’ils offrent un environnement inclusif, juste et sécuritaire pour tous.

J’offre dans cet article une revue détaillée et parmi les plus à jour (décembre 2020) des guides et recommandations sportives en matière d’inclusion des personnes trans. Je propose de regarder les informations disponibles en utilisant la métaphore de deux équipes sportives, puisque dans l’élaboration des guides et recommandations, deux visions semblent s’opposer. Dans un premier temps, nous examinerons les informations présentées par ce que nous appellerons “l’équipe Biologie” et dans un deuxième temps, les informations selon “l’équipe Inclusion“.

Avant de débuter, il est important de noter que les politiques sportives en matière d’inclusion des personnes trans diffèrent selon les pays, les sports et le niveau (national, international, etc.). Au Canada, ces politiques sont aussi différentes selon les provinces, les sports et le niveau sportif. Par exemple, les guides et recommandations sportives ne sont pas les mêmes que l’on soit à Rugby Canada, à World Rugby ou au comité olympique international (CIO).

Équipe Biologie

La ségrégation dans le sport a toujours été basée sur le sexe des participants. De cette façon, les femmes pouvaient soudainement être supportées et acclamées sur une base égalitaire puisqu’elles pouvaient, elles aussi, maintenant obtenir la plus haute marche du podium au même titre qu’un homme.

Ce faisant, il est primordial de considérer les différents avantages que cette différence biologique confère aux hommes. La ségrégation du sport en deux catégories basées sur la différence biologique est l’élément fondamental de l’égalité pour les femmes d’avoir accès à la participation sportive de façon juste et sécuritaire. Cela dans une perspective que le sexe n’est pas un continuum.

L’argument principal de “l’équipe Biologie” qui est généralement utilisé part du principe fondamental que les hommes et les femmes sont biologiquement différent.

C’est donc sous le désir d’évaluer de façon approfondie tous les arguments des deux côtés de la médaille qu’un panel d’experts du regroupement de fédérations World Rugby a réunis et écoutés les arguments de chacun. Ce groupe de travail a été mené par la Canadienne la Dr Araba Chintoh. Il s’agissait là (février 2020) de la première et du plus grand examen complet fait par une organisation sportive sur la question des personnes trans. Le 9 octobre 2020 dernier, le World Rugby a rendu publics ses nouveaux guides en matière de politique des personnes trans (disponible ici).

Le rugby a déjà plusieurs politiques en matière de sécurité à même une catégorie. Par exemple, afin d’éviter des risques de blessures graves, certaines positions à même la catégorie masculine et selon l’âge, ne peuvent être jouées que par des joueurs d’une certaine stature.

Selon le guide de World Rugby, les différences entre les hommes et les femmes apportent un risque de blessure trop élevé. Il est énoncé que “les disparités de masse et de vitesse sont des déterminants importants de divers facteurs de risque de blessure à la tête… “. Par exemple, au niveau spécifique du Rugby, “les recherches sur les forces appliquées lors des mêlées montrent qu’au niveau élite, les hommes produisent environ deux fois la force maximale des femmes dans la mêlée”.

Les discussions d’un guide dans le Rugby partent donc d’une approche de sécurité des participants(es) avant tout. Dans leur document “Résumé des recherches sur la biologie transgenre et la performance” (document ici), l’organisation présente les différences biologiques entre les hommes et les femmes dans le sport ainsi que les effets d’une réduction de la testostérone chez les femmes trans.

Différence, en pourcentage, de l’avantage des hommes
Les barres claires montrent la différence typique entre les hommes et les femmes pour chaque attribut, tandis que les barres foncées montrent la réduction documentée de chaque attribut avec la suppression de la testostérone provenant d’études en laboratoire.

En décembre 2020, deux nouvelles publications scientifiques ont été rendues publiques. Il est avancé qu’après la puberté, la différence entre les sexes peut atteindre de 10% à 50% à l’avantage des hommes selon le sport. Les avantages vont du niveau musculaire, anthropométrie, fonction cardiovasculaire, mais aussi jusqu’au niveau des neurones moteurs, du signal nerveux, du nombre de fibres musculaires et d’une plus grande quantité de synapses neuromusculaires.

Avantage masculin, en pourcentage, selon le sport

En ce qui a trait aux effets d’une suppression de la testostérone, il est avancé que les avantages conférés par la puberté ne sont que minimalement réduits. Cela semble être le cas pour une période plus ou moins longue de plusieurs années.

En effet, les avantages chez les femmes trans peuvent rester pour une période allant jusqu’à 2 ans et plus. Cela alors que certaines politiques sportives, dont celle du comité olympique international, ne demandent qu’une année de suppression hormonale avant de pouvoir compétitionner à un niveau élite.

Équipe Inclusion

L’équipe Inclusion tant à baser leur argumentation sur le principe de “l’inclusion avant tout”. Notons cependant que la définition du mot inclusion est différente selon le groupe de revendication qui l’utilise.

Par exemple, Femme et Sport au Canada (FSC), est l’un des plus gros organismes financés par le gouvernement fédéral défendant les droits des femmes dans le sport. Son objectif est “d’utiliser le pouvoir du sport pour aider toutes les filles et les femmes et pour créer un système canadien de sport le plus équitable et le plus fort possible pour tous les Canadiens” (via https://womenandsport.ca/fr/accueil/) .

Dans leur document “Énoncé de position : inclusion des athlètes transgenres dans le sport”, Femme et sport au Canada “rejette” l’argument que les femmes transgenres profitent d’un avantage compétitif injuste par rapport aux filles/femmes cisgenres ou que leur participation rend le sport moins sécuritaire, “d’abord et avant tout parce que l’inclusion et l’équité pour les filles et les femmes ne doivent pas signifier l’exclusion des autres groupes marginalisés”.

Cet organisme a pris position afin d’exprimer leur “ferme opposition à la décision de World Rugby d’interdire les athlètes féminines transgenres de participer à des compétitions de rugby féminin”. Pour FSC, une telle décision est “discriminatoire” et “constitue une violation des droits des femmes transgenres et de diverses identités de genre“, et ils avancent qu’il s’agit d’une décision qui n’est “fondée sur aucune preuve scientifique solide” et qui “accorde plus d’importance au préjudice redouté pour les athlètes cisgenres qu’au préjudice certain vécu par les athlètes transgenres”.

Vous pouvez trouver la lettre d’opposition à la World Rugby ici.

Au Canada, plusieurs guides et politiques sportives dans les fédérations se basent sur les travaux menés par le Centre Canadien pour l’Éthique dans le Sport (CCES). Le CCES est la plus haute instance en matière d’antidopage et d’éthique dans le sport au Canada (financé par Sport Canada) et est reconnu mondialement.

En 2020, le CCES a aussi pris position contre World Rugby en appuyant FSC dans leur lettre.

En 2016, le CCES a écrit un guide de 50 pages concernant la création d’environnement inclusif pour les participants transgenres dans le sport canadien qui est utilisé par les différents organismes sportifs canadiens afin de rédiger leurs politiques sportives (guide disponible ici).

Ce document a été rédigé afin de palier au fait que “la stricte adhésion du sport aux catégories binaires de genres a été à l’origine de souffrances intenses (…) et de discrimination envers les athlètes transgenres“.

Les principes d’inclusions doivent aussi se baser, selon le comité d’experts du CCES, sur l’argumentaire que le sexe et le genre sont tous deux un continuum : “tout comme il y a un continuum pour le sexe, il y a un continuum pour l’identité de genre”.

Dans le cas de l’identité de genre, il est convenu, dans le document du CCES, que l’hypothèse d’être un mâle ou un garçon parce que l’on a des organes externes masculins “a tenu pendant très longtemps parce qu’elle est exacte pour une grande proportion de la population et parce que, comme société, nous avons tendance à aimer les catégories simples“.

De plus, pour le groupe d’experts, “il est reconnu que les femmes transgenres ne sont pas des hommes qui sont devenus des femmes, mais plutôt des personnes qui ont toujours été des femmes sur le plan psychologique“.

Il est donc avancé que les individus devraient avoir la possibilité de pratiquer leur sport dans l’identité de genre qui leur convient.

Ce faisant, une femme trans (homme biologique) pourrait pratiquer un sport dans la catégorie des femmes, un des arguments étant que les femmes trans sont des femmes. Aussi, selon le groupe d’experts, la testostérone n’est pas reconnue comme conférant un avantage sur le plan de la performance puisque “nous ne pouvons prouver que cela (l’avantage biologique des hommes) est dû spécifiquement à la testostérone de manière importante et prévisible“.

De plus, Jennifer Birch-Jones, co-auteur pour le guide du CCES et auteur de documents pour Femme et Sport au Canada, avance que “(…) nous sommes plutôt schizophrènes lorsque vient le temps de la question d’une compétition juste. Nous sommes très confortables d’avoir une grande différence à même les femmes biologiques en termes de grosseur et de masse musculaire(…), mais allons immédiatement vers un avantage injuste dans le cas des femmes trans (dans leur inclusion dans la catégorie des femmes)”. (via présentation youtube du CCES disponible ici)

Dans le cas d’un homme trans (femme biologique), cette personne peut rester dans la catégorie des femmes même si “elle” s’identifie comme étant un homme, à condition qu’ “elle” ne prenne pas de supplément de testostérone. Leur argument est que cette personne, sans supplément de testostérone, n’a pas d’avantage déloyal venant d’une supplémentation de testostérone et qu’elle est une femme biologique.

Par exemple, notons le cas de Quinn, qui s’identifie comme étant “trans”, qui est une joueuse émérite de l’équipe nationale de soccer féminine du Canada, ou le cas de Harrison Browne, femme biologique, joueuse de hockey professionnelle pour la Women’s Hockey League (NWHL) qui est devenu Harrison en 2016. Celui-ci a pu continuer sa carrière dans la ligue féminine en s’identifiant comme un homme, car “il” ne participait pas à une thérapie hormonale de conversion.

Quelqu’un pourrait aussi, potentiellement, pratiquer un autre sport selon le genre auquel cette personne s’identifie, dépendamment du sport qu’elle pratique ou de la saison que cette personne pratique un sport :

“le Groupe de travail d’experts a considéré la possibilité que les personnes puissent passer plusieurs fois d’une équipe d’hommes à une équipe de femmes, et vice versa, ou faire partie simultanément d’une équipe d’hommes dans un sport et d’une équipe de femmes dans un autre (…) ces personnes devraient pouvoir pratiquer un sport selon le genre dans lequel elles se sentent le plus à l’aise et en sécurité, mais qui peut ne pas être le même dans chaque sport ou d’une saison à l’autre.

Nouvellement, le gouvernement du Canada et Sport Canada ont aidé à mettre sur pied un nouveau centre de recherche pour l’équité des “genres+” en sport, l’organisation E-Alliance.

Il s’agit ici d’une toute nouvelle initiative qui vise à “éliminer les obstacles qui empêchent les femmes de profiter de tous les avantages du sport” et qui a vu le jour en décembre 2020 dans l’optique de palier, entre autres, aux problèmes rapportés dans le dernier rapport canadien sur les abus dans le sport.

Présentement (décembre 2020), les 11 chercheuses membres du comité scientifique de E-Alliance ne semblent pas avoir prisent position en ce qui a trait à la politique sportive en matière des personnes trans. Cependant, l’organisation a opté pour un programme de recherches scientifiques dont “les études sont menées dans un contexte marqué par l’oppression” et dont l’objectif sera de “trouver des moyens de déconstruire les systèmes d’oppression et agir“.

Pour ce faire, les actions d’E-Alliance reposent sur sept engagements essentiels dont le premier sera de “mettre l’accent sur une approche intersectionnelle” issue du milieu féministe noir dans l’optique d’identifier les différents niveaux d’oppression systémique. (via le site internet disponible ici).

Conclusion

La ségrégation des sports en deux catégories basées sur le sexe offre d’aider à créer un environnement équitable, sécuritaire et inclusif. Nous en sommes présentement au début du débat sur l’apport de l’incongruence entre le sexe biologique d’une personne et leur expérience d’identité de genre. Les administrateurs sportifs se devront d’être à l’affût des changements rapides dans les informations (parfois fausses) qui sont partagées et les avancées scientifiques et légales afin de produire leurs propres politiques sportives.

Références et ressources supplémentaires

Hilton, E. N., & Lundberg, T. R. (2020). Transgender Women in the Female Category of Sport: Perspectives on Testosterone Suppression and Performance Advantage. Sports Medicine. https://doi.org/10.1007/s40279-020-01389-3

Roberts, T. A., Smalley, J., & Ahrendt, D. (2020). Effect of gender affirming hormones on athletic performance in transwomen and transmen: Implications for sporting organisations and legislators. British Journal of Sports Medicine, bjsports-2020-102329. https://doi.org/10.1136/bjsports-2020-102329

World Rugby transgender Guilines – FAQ’s https://playerwelfare.worldrugby.org/?documentid=230

Femmes et sport au Canada – Énoncé de position – Inclusion des participants transgenres dans le sport: https://womenandsport.ca/fr/ressources/recherche-et-perspectives/inclusion-des-participants-trangenres-dans-le-sport/

Harrison Browne talks at American University, NBC SPORTS, November 28, 2018 https://www.nbcsports.com/washington/other-sports/harrison-browne-talks-ovi-activism-visit-american-university

Canadian Soccer Player Rebecca Quinn Comes Out as Trans, by Kilian Melloy, Edge Media Network, September 9, 2020 https://boston.edgemedianetwork.com/story.php?296967

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